Rabat, le 27 avril 2026 – Face à la montée des discours extrémistes et à la prolifération des fausses informations, l’industrie de l’édition s’impose comme un acteur stratégique dans la préservation de la sécurité intellectuelle. C’est dans ce contexte qu’un colloque international, organisé par ICESCO en collaboration avec l’Université arabe Naif pour les sciences de la sécurité, se tient les 27 et 28 pour examiner les liens entre production éditoriale, conscience sociétale et enjeux sécuritaires dans le monde arabe et islamique.

À l’ère du numérique, l’édition joue un rôle ambivalent : vecteur de savoir et de tolérance, elle peut aussi devenir un canal de diffusion de contenus haineux ou extrémistes. L’objectif de cette rencontre est donc de repenser les pratiques éditoriales afin de renforcer la résilience des sociétés face aux dérives informationnelles.
Inscrit dans une dynamique de coopération entre les États membres de l’ICESCO, dont le Gabon, le colloque réunit experts, décideurs et professionnels autour de thématiques clés, notamment la lutte contre la désinformation, l’encadrement de l’édition numérique et le rôle des bibliothèques dans la diffusion d’un savoir fiable.

Prenant la parole, Dr Salim M. AlMalik le Directeur Général de l’ICESCO a souligné le lien étroit entre édition et sécurité intellectuelle, rappelant que la qualité du contenu éditorial influe directement sur la stabilité des sociétés et la préservation des valeurs. Il a mis en garde contre la circulation massive de fausses informations, notant que plus de 40 % des utilisateurs partagent des contenus sans en vérifier la source, notamment via des plateformes comme Snapchat ou WhatsApp. Un phénomène qui touche particulièrement les jeunes et appelle à renforcer l’esprit critique et l’éducation aux médias.
Dans la même dynamique, le Vice-Président des relations extérieur de l’université Arabe Naif des Sciences de la Sécurité, Khalid bin Abdulaziz Alharfash a insisté sur le rôle central de la sécurité intellectuelle dans la promotion de la tolérance et de la modération. Il a également souligné l’ampleur des mutations numériques, indiquant que 13,7 % de la population mondiale consomme aujourd’hui des contenus via des plateformes numériques, un chiffre qui pourrait atteindre 1,5 milliard d’utilisateurs d’ici 2030.

De son côté, le représentant du Ministre de la justice a rappelé les enjeux juridiques liés à ces transformations. Il a mis en avant la nécessité de concilier liberté d’expression et impératifs de sécurité, soulignant que la diffusion de fausses nouvelles ou l’usage de technologies comme l’intelligence artificielle à des fins de manipulation peuvent constituer des infractions pénales. La justice, a-t-il affirmé, demeure garante de l’équilibre entre libertés et responsabilité.


Au-delà des débats, ce colloque ambitionne de déboucher sur des recommandations concrètes, notamment à travers le lancement de « guides de l’édition responsable ». Une initiative qui confirme le rôle central de l’édition dans la construction d’un espace intellectuel équilibré, à la croisée de la liberté d’expression et des exigences de sécurité.
