À l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, les femmes de l’Église Catholique de Rabat ont organisé une table ronde culturelle et interreligieuse à l’église Saint Pie X de Rabat. Placée sous le thème « Femmes, pont entre les différentes religions et cultures à l’exemple de la Vierge Marie », la rencontre a réuni des représentants de plusieurs traditions religieuses ainsi que des universitaires, animés par un esprit de dialogue, de respect mutuel et d’enrichissement culturel.

Un espace de dialogue interreligieux
L’événement visait à promouvoir le rôle des femmes comme bâtisseuses de passerelles entre cultures et religions. À travers la figure de Marie, honorée à la fois par la tradition chrétienne et la tradition musulmane, les intervenants ont mis en lumière des valeurs communes telles que la foi, l’humilité et le dévouement.
La table ronde a offert aux participants l’occasion d’examiner les différentes représentations de Marie présentes dans les textes sacrés et de réfléchir à la manière dont son exemple peut inspirer les femmes d’aujourd’hui, tant sur le plan spirituel que social.
Marie selon la tradition islamique
Intervenant lors de la rencontre, Madame Bousseta Rajaa a rappelé l’importance de Marie pour l’islam. Elle a évoqué le récit de sa naissance tel qu’il apparaît dans le Coran.

« L’histoire de Marie commence avant sa naissance, lorsque sa mère, l’épouse d’Imran, consacre l’enfant qu’elle porte au service du temple, pensant qu’il s’agissait d’un garçon. Lorsqu’elle mit au monde une fille, Dieu l’agréa malgré tout. La sourate Al-Imran, verset 35, affirme : Dieu l’accueillit avec bienveillance, la fit grandir de la plus belle manière et la confia à Zakaria. »
Selon elle, ce passage témoigne de la reconnaissance divine et de la place privilégiée accordée à Marie par la spiritualité islamique.
Une figure centrale de l’histoire du salut
De son côté, le Père Félix a évoqué le rôle de la Vierge Marie pour la tradition chrétienne, en citant le livre d’Isaïe (7,14). Il a souligné que Marie occupe une place essentielle dans le plan du salut. « Selon cette lecture, Marie apparaît comme celle qui trouve sa pleine réalisation dans le projet rédempteur. Le nœud de la désobéissance d’Ève a été dénoué par l’obéissance de Marie. L’histoire du salut avance non par rupture mais par récapitulation », a-t-il expliqué.

Pour lui, Marie se situe au cœur du mystère du Christ dès l’origine. Elle devient ainsi un pont entre deux moments de l’histoire — la chute et la rédemption — mais aussi entre deux attitudes humaines : la désobéissance et la foi.
Marie, modèle de foi et d’accompagnement
Prenant la parole à son tour, le pasteur Fataki Olamba Collins Lotam a mis l’accent sur les qualités spirituelles de Marie. Il a notamment évoqué sa soumission à la volonté de Dieu et sa capacité à soutenir les autres face aux épreuves.
« Nous voyons Marie aux côtés de Jésus pendant les épreuves qu’il a traversées. Elle a accepté la méthode de Dieu, pourtant inhabituelle. Sa vie doit rester pour nous un modèle », a-t-il déclaré.
Selon le pasteur, l’exemple de Marie constitue une invitation à dépasser les divisions et à construire des ponts au sein d’une société souvent marquée par l’hostilité et les incompréhensions.

Une rencontre porteuse d’espoir
Au-delà des réflexions théologiques, cette table ronde a permis de rappeler le rôle essentiel des femmes pour encourager le dialogue interreligieux et la coexistence pacifique. En valorisant la figure universelle de Marie, les organisateurs ont souhaité montrer que les traditions religieuses, loin d’alimenter les divisions, peuvent devenir des espaces de rencontre et de compréhension mutuelle.
Face aux nombreux défis culturels et spirituels du monde actuel, la rencontre de Rabat apparaît ainsi comme un signal fort : l’expression d’une volonté commune de bâtir des ponts entre croyances, cultures et générations.
