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Vision croisée : quand Riyad 2030 rencontre les ambitions du Gabon

L’annonce du Forum National de l’Éducation, porté par le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Gabon (CSAIG) sous l’impulsion du Chef de la Communauté musulmane Abdu-Razaq Guy Kambogo, marque indéniablement un tournant symbolique et stratégique. À première vue, l’initiative apparaît comme une réponse structurée aux aspirations d’une jeunesse gabonaise en quête de mobilité, de formation d’excellence et d’ouverture internationale.

Mais au-delà de l’enthousiasme suscité, ce projet mérite une lecture plus approfondie.

Une diplomatie éducative assumée

Le Forum s’inscrit clairement dans la dynamique impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui fait du capital humain un levier central de la transformation nationale. Dans un contexte où le Gabon cherche à redéfinir ses partenariats stratégiques, la coopération avec l’Arabie Saoudite ne relève pas seulement d’un choix académique : elle traduit une diversification diplomatique assumée.

Le Royaume saoudien, engagé dans son ambitieux programme Vision 2030, investit massivement dans l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation. Pour le Gabon, se positionner dans cette dynamique peut constituer une opportunité réelle d’accéder à des infrastructures modernes, à des financements structurés et à des réseaux académiques de plus en plus compétitifs.

L’éducation devient ici un instrument de diplomatie d’influence.

Une opportunité pour la jeunesse… à condition d’un encadrement rigoureux

Sur le fond, l’ouverture vers les universités saoudiennes et l’accès facilité aux bourses représentent une avancée notable. Dans un pays où l’employabilité des jeunes diplômés demeure un défi majeur, toute initiative élargissant les perspectives mérite d’être saluée.

Cependant, plusieurs questions structurantes se posent :

  • Comment garantir l’adéquation entre les filières proposées et les besoins réels du marché gabonais ?
  • Quelles passerelles concrètes seront mises en place pour assurer le retour et l’insertion professionnelle des diplômés ?
  • Le suivi académique et social des étudiants à l’étranger sera-t-il suffisamment encadré ?

Sans stratégie claire de réintégration et de valorisation des compétences acquises, le risque serait de créer un déséquilibre ou une fuite de talents indirecte.

Une dimension culturelle et linguistique stratégique

L’accent mis sur l’apprentissage de la langue arabe s’inscrit dans une logique d’ouverture vers le monde arabo-musulman. Sur le plan géopolitique et économique, cette orientation peut renforcer la capacité du Gabon à diversifier ses partenariats.

Toutefois, il conviendra de veiller à maintenir un équilibre avec les priorités linguistiques déjà existantes, notamment le français et l’anglais, afin de préserver la compétitivité internationale des jeunes diplômés.

Une initiative prometteuse, mais exigeante

L’intervention de Moussa Ndziengui sur Nour TV a suscité un réel intérêt, preuve que la question éducative demeure centrale dans le débat public. Le pilotage confié à l’Ambassadeur de la République Gabonaise près le Royaume d’Arabie Saoudite, SEM Guy Ibrahim Membourou donne également une dimension diplomatique structurée au projet.

En définitive, ce Forum National de l’Éducation peut devenir un catalyseur majeur pour la transformation du système éducatif gabonais. Mais son succès dépendra moins de l’annonce que de son exécution : transparence dans l’attribution des bourses, sélection fondée sur le mérite, accompagnement des étudiants et articulation claire avec les priorités nationales de développement.

L’initiative est ambitieuse. Elle ouvre une fenêtre stratégique. Reste à s’assurer que cette fenêtre devienne une véritable porte d’entrée vers un développement durable et inclusif pour la jeunesse gabonaise.

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