À Libreville, le changement ne fait pas de bruit. Il se glisse dans les couloirs, s’écrit en notes diplomatiques et se confirme par un message sobre publié sur X. Pourtant, la désignation de Parfait Onanga-Anyanga à la tête du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale par intérim n’a rien d’un simple ajustement administratif. C’est un signal politique.

La fin du mandat d’Abdou Abarry referme un cycle marqué par une diplomatie de patience, parfois ingrate, souvent invisible. À la tête de l’UNOCA, il aura tenté de maintenir le fil d’un dialogue régional mis à rude épreuve par les crises sécuritaires, les transitions politiques et les fractures institutionnelles. Son bilan ne se mesure pas en grandes déclarations, mais en équilibres préservés.
Car l’UNOCA n’est pas un bureau comme les autres. Installé à Libreville, il agit en vigie d’une sous-région nerveuse. Son périmètre couvre les six États de la CEMAC — Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad — auxquels s’ajoutent le Rwanda, le Burundi, São Tomé-et-Príncipe et la République démocratique du Congo. Un ensemble hétérogène, traversé par des dynamiques sécuritaires imbriquées et des trajectoires politiques contrastées.
En confiant l’intérim à Onanga-Anyanga, le Secrétaire général des Nations Unies fait le choix de l’expérience. L’ancien chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine, ex-Envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique, connaît la cartographie des crises africaines. Il sait que la paix, ici, ne se proclame pas : elle se négocie, au millimètre.
Son retour aux affaires régionales intervient dans un moment charnière. La République centrafricaine demeure fragile. Le bassin du lac Tchad reste sous la menace persistante de Boko Haram. Les transitions politiques, parfois issues de coups d’État, redessinent les rapports de force. Même le Gabon, pays hôte de l’UNOCA, traverse sa propre séquence de recomposition.

Dès lors, l’intérim prend une dimension stratégique. Il ne s’agit pas seulement d’assurer la continuité, mais d’éviter les flottements. La double casquette d’Onanga-Anyanga, également représentant spécial auprès de l’Union africaine dessine une passerelle diplomatique entre Addis-Abeba et New York. Une articulation précieuse, à l’heure où les réponses africaines aux crises africaines sont scrutées avec insistance.
Il y a enfin, dans cette nomination, une charge symbolique. Voir un diplomate gabonais prendre les commandes, même temporairement, d’un bureau onusien basé à Libreville, dans un contexte régional agité, sonne comme un rappel : l’Afrique centrale ne se résume pas à ses fragilités. Elle produit aussi ses médiateurs, ses négociateurs, ses architectes discrets de compromis.
Reste à savoir si ce pari de continuité expérimentée suffira à contenir les braises qui couvent. En Afrique centrale, l’histoire récente l’a montré : la stabilité n’est jamais acquise, elle se travaille. Chaque jour.
