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Siège au CPS : un nouveau front diplomatique pour le Gabon

L’élection du Gabon au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, annoncée par le ministre des Affaires étrangères, a été présentée comme une victoire diplomatique majeure. Officiellement, elle traduit la « confiance renouvelée » des États membres et consacre l’engagement constant du pays en faveur de la paix sur le continent. Mais au-delà de la formule institutionnelle, cette élection mérite un décryptage plus politique.

Le CPS n’est pas un organe secondaire. Il constitue le cœur de l’architecture africaine de gestion des crises. Il traite des conflits armés, des transitions politiques, des sanctions et des opérations de paix. Y siéger signifie participer aux arbitrages sécuritaires du continent. Pour le Gabon, cette présence représente un levier d’influence non négligeable, notamment en Afrique centrale, région marquée par des tensions persistantes et des équilibres fragiles.

Cependant, la portée de cette élection dépasse le seul cadre sécuritaire. Dans un contexte national marqué par une transition politique récente, cette reconnaissance continentale a une dimension symbolique forte. Elle permet au pouvoir en place d’affirmer que le pays demeure un acteur crédible et fréquentable sur la scène africaine. La référence explicite à la « vision » du Chef de l’État dans le discours du ministre n’est pas anodine : elle inscrit cette réussite diplomatique dans une stratégie de consolidation du leadership actuel.

Ce positionnement est habile. En mettant en avant l’attachement aux valeurs de l’Union africaine et la promotion des « solutions africaines aux crises africaines », le Gabon adopte une rhétorique consensuelle et souverainiste, très en phase avec les dynamiques continentales actuelles. Le pays se présente comme un acteur responsable, solidaire et engagé, sans posture dominante, mais avec l’ambition de contribuer activement aux mécanismes de stabilité.

Il faut toutefois relativiser. Siéger au CPS n’équivaut pas à exercer un leadership décisif. L’influence réelle dépendra de la capacité du Gabon à construire des alliances, à proposer des initiatives concrètes et à maintenir une cohérence entre sa politique intérieure et ses engagements extérieurs. Le Conseil lui-même, malgré son importance, reste parfois limité par des contraintes politiques et financières.

En définitive, cette élection est à la fois une opportunité stratégique et un outil de communication politique. Elle offre au Gabon une tribune continentale et un moyen de renforcer sa normalisation diplomatique. Mais elle constitue aussi un test : celui de la capacité du pays à transformer une reconnaissance symbolique en influence effective.

La victoire est diplomatique. L’enjeu, désormais, est politique et stratégique.

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