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Iran–Israël–États-Unis : pourquoi le Sud global se détache du récit occidental

L’escalade entre l’Iran, Israël et les États-Unis ne se limite pas au Moyen-Orient. Elle se joue aussi dans les imaginaires politiques, de Dakar à Nairobi, de Jakarta à Brasília.

Dans une large partie du Sud global, cette crise ne révèle pas une menace nouvelle. Elle confirme une conviction ancienne : le droit international, tel qu’il est invoqué par les puissances occidentales, apparaît moins universel que sélectif.

Pendant longtemps, la lecture dominante des crises opposait les garants de l’ordre aux fauteurs de trouble. Ce cadre s’effrite. Dans de nombreux pays du Sud, l’affrontement actuel n’est pas perçu comme une réponse strictement sécuritaire, mais comme l’expression d’un rapport de force asymétrique où certains États disposent d’une liberté d’action inaccessible aux autres. La question devient alors politique : qui agit, et au nom de quelle légitimité ?

Cette défiance s’enracine dans la mémoire des interventions en Irak, en Libye et en Afghanistan. Menées au nom de la stabilité ou de la sécurité, elles ont laissé des séquelles durables. Dès lors, les appels actuels au respect du droit apparaissent, pour beaucoup, à géométrie variable. Ce qui fragilise la crédibilité occidentale n’est pas seulement l’action présente, mais l’absence perçue de conséquences équivalentes pour les actions passées.

La place singulière d’Israël dans les équilibres diplomatiques cristallise cette perception. Dans de nombreuses opinions publiques du Sud, le pays bénéficie d’un traitement différencié : soutien constant, pression limitée, tolérance implicite à l’usage de la force. Que cette lecture soit totalement exacte ou non importe moins que son impact : elle structure désormais les analyses.

À l’inverse, l’Iran ne suscite ni adhésion unanime ni indulgence. Mais dans le contexte actuel, il apparaît souvent comme un acteur qui résiste aux pressions et révèle les asymétries du système international. Cette perception ne légitime pas ses choix ; elle les inscrit dans un rapport de forces jugé inégal.

Ce décalage ouvre un espace stratégique que la Chine et la Russie investissent activement, en mettant en avant la souveraineté, la non-ingérence et la critique de l’unilatéralisme occidental. Leur discours prospère moins par adhésion idéologique que par désenchantement.

L’Occident conserve sa puissance. Mais ce qui s’érode est plus intangible : sa crédibilité. Or, en relations internationales, la crédibilité est un capital décisif. Lorsque les principes proclamés semblent dissociés des pratiques observées, ils cessent de convaincre et donc d’ordonner le système.

Le risque est celui d’un monde sans arbitre reconnu, où les normes deviennent négociables et les alliances opportunistes. L’escalade entre l’Iran, Israël et les États-Unis apparaît alors comme le symptôme d’une transition plus profonde.

Au fond, la crise actuelle est aussi une bataille de légitimité. Et une partie croissante du monde ne se reconnaît plus dans le récit occidental. Ce basculement est silencieux, mais structurant et pourrait, à terme, peser davantage que les frappes elles-mêmes.

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