A LA UNE
Actualités

Manganèse : Oligui Nguema fixe l’échéance de 2029 et pose les bases d’un nouveau modèle économique

L’une des déclarations les plus marquantes de l’entretien accordé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à France 24 ne concerne ni la transition politique, ni les dossiers judiciaires qui occupent régulièrement le devant de la scène médiatique. Elle touche à une question bien plus structurante pour l’avenir du Gabon : la transformation locale des ressources naturelles et, plus particulièrement, du manganèse, dont le pays est l’un des principaux producteurs mondiaux.

« Si rien ne se transforme localement en 2029, le manganèse ne sortira pas. » Par cette phrase, le chef de l’État a posé un jalon clair dans la politique économique qu’il entend conduire au cours des prochaines années. Au-delà de sa portée symbolique, cette déclaration traduit une volonté affirmée de rompre avec un modèle économique hérité de plusieurs décennies d’exploitation des ressources naturelles, dans lequel le pays exporte principalement des matières premières brutes avant de les réimporter, sous d’autres formes, à des coûts souvent plus élevés.

Cette orientation s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté économique, d’industrialisation et de création de valeur locale. Elle révèle également l’ambition des autorités gabonaises de repositionner le pays dans les chaînes de valeur mondiales en tirant davantage profit de ses ressources minières.

Sortir du piège des matières premières brutes

Le Gabon dispose d’un sous-sol particulièrement riche. Le manganèse, utilisé notamment dans l’industrie sidérurgique et dans la fabrication de certaines batteries destinées à la transition énergétique mondiale, constitue l’une des principales sources de revenus miniers du pays. Pourtant, malgré cette richesse stratégique, une grande partie de la valeur générée par cette ressource échappe encore à l’économie nationale.

Depuis des décennies, le modèle dominant repose essentiellement sur l’extraction et l’exportation du minerai brut vers les grands centres industriels internationaux où il est transformé, raffiné puis intégré dans des produits à forte valeur ajoutée. Dans cette configuration, le pays producteur bénéficie certes des revenus liés à l’exploitation minière, mais reste largement en marge des bénéfices les plus importants générés par la transformation industrielle.

C’est précisément ce schéma que Brice Clotaire Oligui Nguema souhaite remettre en question. En conditionnant à terme les exportations de manganèse à l’existence d’activités de transformation locale, le président entend faire du secteur minier un moteur de développement industriel plutôt qu’un simple pourvoyeur de matières premières.

Une stratégie industrielle aux multiples retombées

La transformation locale des minerais représente bien davantage qu’une simple opération technique. Elle constitue un levier de développement capable de générer des effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie nationale.

L’implantation d’unités de transformation du manganèse implique la création d’infrastructures industrielles, le développement de réseaux logistiques performants, le renforcement des capacités énergétiques du pays ainsi que la montée en compétence de la main-d’œuvre locale. Autour de ces investissements peuvent émerger de nombreuses activités connexes, allant de la maintenance industrielle aux services spécialisés, en passant par la recherche, la formation professionnelle et l’innovation technologique.

L’enjeu est également social. Dans un contexte où l’emploi des jeunes demeure une préoccupation majeure, la création d’industries de transformation offre des perspectives de recrutement plus diversifiées et plus qualifiées que celles généralement associées aux seules activités extractives. Les autorités espèrent ainsi favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de techniciens, d’ingénieurs et de cadres capables d’accompagner la modernisation du tissu productif national.

L’échéance de 2029 : un ultimatum aux opérateurs miniers

En fixant l’année 2029 comme horizon de référence, le président gabonais envoie un message clair aux entreprises opérant dans le secteur minier. Cette date constitue désormais un repère stratégique autour duquel devront s’articuler les décisions d’investissement des acteurs concernés.

Pour les groupes miniers, l’avertissement est sans ambiguïté : la poursuite de l’exploitation des ressources gabonaises devra s’accompagner d’un engagement concret en faveur de la transformation locale. Autrement dit, les opérateurs sont appelés à participer activement à la création de valeur sur le territoire national et à contribuer davantage au développement industriel du pays.

Cette approche traduit également une évolution dans les relations entre l’État et les entreprises extractives. Le Gabon ne souhaite plus seulement être un territoire d’exploitation, mais un partenaire exigeant, soucieux d’obtenir des retombées économiques plus importantes et plus durables pour sa population.

Les défis d’une transformation structurelle

Si l’objectif est clairement affiché, sa concrétisation nécessitera toutefois des efforts considérables. La transformation industrielle du manganèse suppose des investissements lourds, tant dans les infrastructures énergétiques que dans les équipements industriels.

La disponibilité d’une énergie abondante et compétitive constituera l’un des principaux défis à relever. De même, l’amélioration des infrastructures de transport, le développement des compétences techniques locales et la stabilité du climat des affaires seront des conditions essentielles pour attirer les capitaux nécessaires à cette mutation.

Related posts

CAN 2025 : Thierry Mouyouma affiche de hautes ambitions et veut briser le plafond de verre du Gabon

ahmed

Reconduction de Madame Unielle Oupolo à la présidence du Cercle Diplomatique de Rabat

ahmed

Rabat accueille la Deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone

admin

Laisser un commentaire