Rabat accueille depuis lundi la première édition du Forum international sur l’intelligence artificielle, la transition numérique, l’énergie et la connectivité en Afrique. Organisé par le Centre Africain de Formation et de Recherche Administratives pour le Développement (CAFRAD), sous le Haut Patronage de Mohammed VI, cet événement réunit durant trois jours responsables gouvernementaux, experts internationaux, chercheurs, représentants du secteur privé et institutions financières autour des grands défis technologiques du continent.

Placée sous le thème « Intelligence artificielle, transition numérique, énergie et connectivité en Afrique : perspectives de coopération internationale », cette rencontre se veut une plateforme de réflexion sur la souveraineté numérique africaine et les transformations économiques, énergétiques et sociales induites par les nouvelles technologies.

Dès la séance inaugurale, les intervenants ont insisté sur l’urgence pour l’Afrique de bâtir une autonomie numérique capable de répondre aux enjeux stratégiques des prochaines décennies.
La ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a souligné que l’intelligence artificielle redéfinit déjà les modèles de gouvernance, les économies et les équilibres géopolitiques mondiaux. Selon elle, la maîtrise des données, des infrastructures numériques et des capacités de calcul constitue désormais un enjeu majeur pour les États africains.

Elle a également mis en avant les atouts du continent, notamment une jeunesse innovante et d’importants besoins dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé, la mobilité, l’eau et l’énergie. Pour la ministre, l’IA peut devenir un levier essentiel pour améliorer les services publics, renforcer la transparence administrative et faciliter l’accès des citoyens aux prestations de base.
Plusieurs panels ont ensuite mis en lumière les mutations technologiques en cours ainsi que les défis liés à la transition énergétique et hydrique. Les discussions ont notamment porté sur l’apport potentiel de l’intelligence artificielle dans la gestion des ressources en eau, l’optimisation des réseaux énergétiques et le développement d’infrastructures intelligentes en Afrique.
Parmi les interventions marquantes, Dr Lonnie Johnson inventeur, ingénieur aérospatial et entrepreneur américain a plaidé pour une meilleure intégration de l’innovation scientifique dans les politiques publiques africaines afin de faire de l’IA un moteur de développement durable. Il a appelé à renforcer la coopération entre chercheurs, gouvernements et industriels pour favoriser l’émergence de solutions africaines adaptées aux réalités locales.

Dr Mark Jack spécialiste de la physique quantique a, pour sa part, proposé une réflexion sur les passerelles entre les avancées de cette discipline et les nouvelles générations d’intelligence artificielle. Son intervention a mis en perspective les futures capacités de calcul ainsi que leurs impacts potentiels sur la cybersécurité, l’énergie, la recherche scientifique et l’économie numérique.
Les échanges ont également mis en évidence les défis énergétiques liés au développement des infrastructures numériques et des systèmes d’IA. Plusieurs experts ont rappelé que l’essor technologique du continent devra nécessairement s’accompagner d’investissements massifs dans les énergies renouvelables et les réseaux intelligents afin de garantir une croissance durable.
Le directeur général du CAFRAD, Coffi Dieudonné Assouvi, a rappelé que l’expansion rapide des technologies numériques soulève aussi des questions éthiques et sécuritaires. Il a notamment évoqué les risques liés à la cybercriminalité, aux guerres hybrides, à la fracture technologique et à l’impact énergétique croissant des systèmes numériques.
Dans ce contexte, il a souligné l’importance des initiatives internationales encadrant le développement de l’IA, notamment la recommandation de UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle adoptée en 2021 ainsi que le Pacte numérique mondial porté par les Nations Unies.
Les prochaines journées du forum seront consacrées à des discussions autour de l’économie numérique africaine, des partenariats internationaux, de l’avenir de l’emploi et de l’éducation à l’ère de l’intelligence artificielle, avant des rencontres professionnelles destinées à encourager les collaborations et les investissements.
